PSPP

Depuis la dernière élection, la CAQ jouit d’une majorité de députés à l’Assemblée nationale et une opposition fragmentée, les quatre autres partis ayant récolté autour de quinze pourcent chaque.

Présentement, une réponse claire semble se dessiner concernant lequel des partis d’opposition a le vent dans les voiles.

C’est le PQ. Leur victoire dans Jean-Talon, qui a surpris par son ampleur, a donné un électrochoc aux troupes péquistes, insufflant une deuxième vie au parti qui se réveille, tel le monstre du docteur Frankenstein.

Selon les derniers sondages, le PQ est en tête dans les intentions de vote et leur chef, Paul Saint-Pierre Plamondon (PSPP), est maintenant plus populaire que Legault. Visiblement, le modèle papa Legault ne poigne plus comme avant.

Chez la CAQ, c’est le désarroi. D’un côté, le parti subit l’usure qui s’installe inévitablement avec les partis au pouvoir. Aux gaffes commises par le parti se sont ajoutés un conflit d’envergure avec les syndicats de la fonction publique qui laissera un goût amer.

Les nationalistes indépendantistes, pour leur part, accusent la CAQ d’avoir été incapable d’exiger des concessions de Trudeau et du fédéralisme canadien.

Mais la rivalité entre les nationalismes du PQ et de la CAQ cache une unité puisque les deux prônent le même type de nationalisme ethnique.

Dans le passé, le PQ a déjà été plus ouvert envers les communautés culturelles, par exemple à travers les efforts de rapprochement menés par le poète et ministre péquiste Gérald Godin. Un aspect électoraliste était présent, évidemment, ainsi qu’une tentative de vendre l’option indépendantiste.

Puis ça a été l’arrivée du gouvernement de Pauline Marois et le virage identitaire, incarné par la fameuse Charte des valeurs. Depuis, le PQ courtise activement surtout les de souche. Dans une chronique récente dans le Journal de Montréal, Joseph Facal, un ancien ministre péquiste, a écrit que courtiser les communautés culturelles ne vaut pas la peine.

Quand PSPP est arrivé à la tête du PQ, la survie même du parti était remise en question. Le mouvement indépendantiste était en déclin, abandonné par la jeunesse en grande partie et les chefs politiques et culturels historiques—Lévesque, Falardeau, Bourgault, Parizeau, Miron—était morts. Il restait peu de députés péquistes et Véronique Hivon, considérée une députée “sympathique,” avait quitté la politique.

Tout ça a laissé un vide, autrement dit, beaucoup d’espace, pour un nouveau chef indépendantiste. Le PQ cherche toujours un messie. PSPP serait-il l’homme de la situation ?

À date, il a l’air de plaire. Dans une chronique dans le Journal de Montréal, Elsie Lefebre, une ancienne députée péquiste, parle de “l’honnêteté, les convictions et le charisme” de PSPP. Chez les péquistes, il a reçu une vote de confiance de 98.5%. Dans un article dans Le Journal de Montréal, Geneviève La Joie prétend qu’il a “conquis le cœur des Québécois.” C’est charrier pas mal parce que seulement la moitié des Québécois disent avoir une bonne opinion de lui.

Mais il faut constater que comme fabrication d’une image positive, c’est un succès. La machine médiatique de l’empire Québecor, dont le patron est lui-même un ancien chef du PQ, a joué son rôle.

Mais en grattant la surface, des aspects sombres paraissent. Au mois de septembre, il y a eu son intervention sur la question du genre : “Moi, je vois beaucoup d’idéologie de la gauche radicale qui est imposée….”

La gauche radicale ? C’est la terminologie de Bock-Côté.

UN TEXTE

Puis il y a eu un long texte sur l’immigration sur son site. Ça vaut la peine d’en parler plus en détail.

Partout au monde les nationalistes ciblent les immigrants et on rencontre le même phénomène chez le PQ. D’habitude les partis de droite et d’extrême droite s’y acharnent le plus, mais au Canada, au niveau fédéral, la situation est différente et au lieu d’attaquer les immigrants, le Parti conservateur les courtise.

Mais les péquistes savent qu’en les attaquant, ils n’ont rien à perdre parce que les immigrants ne voteront pas pour eux de toute façon, sauf des immigrants français.

Tandis que pour Poilievre, Trudeau est la cause de tous les maux de la société, pour PSPP c’est l’immigration. La crise du logement, les hausses de loyer, le manque de services, la situation du français, tout y passe.

Mais cernons d’abord le ton et l’encadrement du discours de PSPP. Fidèle à l’image qu’il veut projeter, il parle d’une “réflexion objective,” un “regard lucide” et le “courage” du PQ. Il joue au pompier en même temps  qu’il met le feu parce que, selon lui, si on n’adopte pas les mesures concernant l’immigration qu’il propose, on s’en va vers “une crise sociale sans précédent.” Le but de ce ton apocalyptique est de créer une atmosphère de peur. Il y a bien des tensions dans la société, mais blâmer les immigrants, c’est de la démagogie.

Il y a toutes sortes d’immigrants, et c’est bien connu, souvent ils sont incapables de trouver des emplois qui correspondent à leurs qualifications et finissent comme chauffeurs de taxi, par exemple. Souvent ils se retrouvent en bas de l’échelle, en train de faire des jobs que les de souche aimeraient éviter.

Puisqu’il trouve qu’il y a trop d’immigrants, PSPP pourrait lui-même faire sa part, pourquoi pas, en faisant des shifts dans un fast food du coin qui manque de personnel. Il est pas mal occupé on le sait mais il pourrait ajuster son horaire. Les militants péquistes sont plutôt âgés mais on pourrait quand même les faire bosser dans les champs pendant les récoltes.

C’est trop dur ? Mais ça vous fera du bien !

Concernant la situation du français, il faut mettre les choses dans son contexte. Au Vietnam, en Algérie et en Haïti, il y a eu des soulèvements et les colonialistes français ont été expulsés. Ici, les autochtones ont été tassés et les Européens se sont installés en permanence. Quelques siècles plus tard, dix-neuf sur vingt des Québécois peuvent communiquer en français et souvent les autochtones ne maîtrisent plus leurs langues. Pendant les années mille neuf cent soixante-dix, des lois favorisant le français ont été mis en place. Plus récemment, la CAQ a renforcé ces lois avec le projet de loi 96.

Comme on pourrait s’y attendre, le PQ  ridiculise les efforts de la CAQ et nous sert de nouveau un discours apocalyptique : “on est en train de détruire tout l’héritage des 40 derrières années en protection du français.”

Pour illustrer la situation, PSPP choisit un drôle d’exemple. Il se plaint que, dans sa circonscription, il y a bon nombre d’enfants qui ne maîtrisent pas le français et qui sont dans des classes d’accueil. D’après lui, cela utilise trop de ressources.

Mais la réalité c’est que ces  enfants vont apprendre le français et l’utiliser. Ce qu’ils penseront des caves comme PSPP c’est une autre affaire.

Alors, on en vient à la question du logement. Ici, le truc c’est d’éviter de parler d’une foule de facteurs, le capitalisme, la spéculation, l’avarice des propriétaires, le rôle des multinationales qui achètent des bâtiments partout, la construction de condos de luxe au lieu de bâtiments aux loyers abordable, etc.

Et le PQ, aux époques où ils étaient au pouvoir depuis 1976, qu’est-ce qu’ils ont fait concernant le logement?

PSPP sait bien qu’il y aura des critiques de sa critique. Son texte s’adresse surtout aux péquistes et nationalistes, alors il veut neutraliser les critiques devant ses troupes. Seulement “une frange très minime de la population” pourrait trouver son texte “intolérant,” assure-t-il. Puis il lance une flèche à “certaines élites médiatiques.”

Il y a une analyse de ces médias à faire mais c’est pas l’approche nationaliste populiste.

BOCK-CÔTÉ S’EN MÊLE

Le texte de PSPP n’est pas passé inaperçu. Dans le Journal de Montréal, un article y a été consacré ainsi que des chroniques. Pour Mathieu Bock-Côté, il s’agit d’un texte “aussi courageux qu’intelligent.” Le texte a clairement engendré chez lui un état d’euphorie. “Qu’une figure politique majeure…en fasse son cheval de bataille,” dit-il, “est important” et il a raison de le noter. Depuis des années Bock-Côté propage un point de vue anti immigrant virulent. Le fait que ce discours gagne le mainstream est une grande victoire pour lui.

Tandis que PSPP se plaint d’une élite médiatique, pour Bock-Côté il s’agit d’une “gauche multiculturaliste” qui “domine les médias.” Mais c’est parce qu’il est tellement à droite qu’il voit les choses ainsi. Il n’y a aucun chroniqueur anticapitaliste dans les journaux mainstream et à peine quelques social-démocrates affichés. Au Journal de Montréal, ce sont les nationalistes qui dominent.

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Le virage anti immigrant du PQ n’a rien de surprenant. Qu’il s’agit du PQ ou de la CAQ, le nationalisme a toujours besoin de bouc émissaires.

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